MOHAMED SADOK HLIMI

Né le 6 janvier 1976, dans le quartier d’Al Zohour, et blessé dans les événements de révolution, il a été arrêté, une première fois, lors des événements de février 2011 et accusé d’incendier des locaux de forces de sécurité dans la ville de Kasserine.
Il a été torturé le 14 février 2011 à la caserne militaire alors que ses blessures, dues à l‘opération chirurgicale qu’il avait subie ne se sont pas encore cicatrisées. En dépit de tout cela, ils l’ont délibérément passé à tabac, exactement sur l’endroit de la blessure, chose qui lui a causé un saignement. Ce qui est encore plus étonnant c’est que le médecin traitant comptait parmi les tortionnaires. Toutes les composantes de la société civile se sont mobilisées pour défendre la cause de Mohamed et ont obtenu sa libération en fin de compte. Il a pris part à plusieurs manifestations organisées pour revendiquer la fermeture des centres de torture. Les militants ont fini par avoir gain de causes et ces centres ont été finalement fermés. Mohamed fut arrêté de nouveau pour être ensuite relâché faute de preuve contre lui.
Il aurait souhaité mourir à chaque fois qu’il se rappelait ce qu’il a pu endurer, lors de sa détention où il avait été exposé à toutes sortes de torture. Il n’a jamais pu dépasser les sensations d’humiliation et d’affronts qui lui ont infligés par le médecin qui le dénommait le chien. La pression psychologique, par laquelle Mohamed est passé, la conduit à penser au suicide.
En 2012, il a eu des problèmes avec un parti politique. Il a été arrêté, pour la troisième fois et conduit dans un lieu inconnu. Quelques jours plus tard, il a compris qu’il résidait à l’hôpital Al-Razi à la Manouba. Là, les médecins lui ont fait un diagnostic disant qu’il n’est point responsable de ses actes. Ils l’ont ensuite anesthésié, déshabillé, passé à tabac et ligoté au lit, par les mains et les jambes. Il n’était même pas autorisé à faire ses besoins. Il balbutiait, avec des lèvres tremblantes, et un visage congestionné « Comment je peux aller aux toilettes dans ces conditions ? »
Il a résidé à l’hôpital Al-Razi pendant environ six mois avant de le quitter suite à la pression exercée par sa famille et plusieurs organisations des droits de l’Homme.
« Vingt ans de prison est un jugement beaucoup plus clément qu’un seul jour passé à l’hôpital
Al-Razi ». Il a prononcé ces mots alors qu’il avait le souffle coupé au point de pleurer. « J’espère que ma mère me pardonnera la douleur, la détresse et les moments de persécution que je lui ai causés. Elle me visitait constamment malgré sa maladie. Toutes les associations qui m’ont fait construire des châteaux en Espagne n’ont jamais pu tenir leurs promesses ».