Publication de l’étude : « Tu n’es pas le Hakem ! – Étude sur les représentations sociales de la torture et des mauvais traitements chez les jeunes en Tunisie »



Tunis, le 30 septembre 2026

Awledna, Ifriqiya, l’Organisation mondiale contre la torture et MHSPP ProCare Firm sont allés à la rencontre de 86 jeunes, âgé.e.s de 18 à 23 ans pour comprendre leur représentation de la torture et des mauvais traitements en Tunisie.

Originaires de différentes régions du pays et de différents milieux, certains de ces jeunes évoluent dans des milieux protégés tandis que d’autres sont particulièrement exposés à la violence institutionnelle, qu’ils soient supporters du mouvement ultra, membres de la communauté LGBTQI ou issus de quartiers marginalisés. Tous renvoient cependant l’image de la torture comme une protection inversée, quand l’agresseur se trouve être l’autorité qui est censée les protéger, quand l’agressé ne peut ni résister, ni se plaindre. Ce n’est pas l’intensité de la violence qui compte, c’est l’asymétrie du pouvoir et l’impossibilité d’un recours.

« La torture, c’est quand t’es coincé, quand t’as personne à qui te plaindre, quand celui qui te frappe c’est l’État. »

La présente étude leur donne la parole et l’analyse. Elle révèle leurs attentes et leurs craintes vis-à-vis de la figure du « Hakem [1]», le sentiment de « Hogra[2] » et d’impuissance face aux abus. Les propos recueillis donnent à voir une jeunesse qui réprouve la violence institutionnelle, de façon inconditionnelle, ou presque…

Et si la victime était différente de nous, si elle était homosexuelle, si elle était pauvre, si elle avait commis une infraction, si elle était migrante, la violence d’État serait-elle aussi répréhensible ? Les réponses diffèrent et fluctuent, pour revenir presque systématiquement vers une posture de rejet de la violence.

« Que tu le veuilles ou non, ça reste un être humain ! »

La torture et les mauvais traitements commis par les agents publics abîment la relation des citoyens à l’État. Héritée des générations précédentes, la tolérance à cette violence diminue progressivement, mais les attentes vis-à-vis de l’État demeurent.

« On aimerait bien être avec le système, c’est pour ça qu’il doit changer. »

Lien vers l’étude grand public en arabe / en français

Lien vers l’étude scientifique

Liens vers la campagne de sensibilisation :


[1] « Hakem » : littéralement « celui qui gouverne », « le souverain ». Dans le parler des jeunes, le mot désigne la police et, plus largement, la figure qui peut frapper sans que l’on puisse frapper en retour.

[2] « Hogra » : le mépris et l’humiliation que l’on ressent quand une personne plus forte vous écrase et que vous ne pouvez rien faire. Le mot dit la blessure vécue, dans le corps et le psychisme, au moment où elle se produit. Le mot « discrimination », lui, désigne le mécanisme, plus froid, qui répète cette blessure envers certaines catégories de personnes.